|
|
|
Mon Stentor-Démon |
|||||
Stentor était un des Héros grecs qui participaient à la guerre de Troie, et sa réputation lui venait de la puissance de sa voix ! C’était
un guerrier, c’est pourquoi je commence cet article par une évocation
de bataille. Nous
sommes en l’an 841, le 24 Juin.. Charlemagne est mort en Février 814,
laissant son empire à ses trois fils : Louis,
Pépin et Charles .Apres la mort de Louis et de Pépin, règne la confusion
entre les descendants. : Les armées de Lothaire, Louis et Charles
se retrouvent face à face ce matin-là dans la vaste plaine de Fontanet,
aujourd’hui Fontenay-en-Puisaye. Quarante mille hommes ne quitteront
plus jamais ce lieu, « les vêtements des guerriers Francs blanchissaient
la plaine comme des oiseaux ont coutume de le faire en automne » Lothaire
est vaincu, mais il se retournera encore contre Louis, et c’est donc
Charles qui prendra le contrôle . Une Stèle est encore debout à cet
endroit, qui dit : « en cet endroit, le 24 juin de l’an 841,
Charles, par la grâce de Dieu,
vainquit ses frères. Ainsi naquit le royaume de France ! » A
quelques kilomètres de là se dresse la ville de Toucy, patrie de Pierre
Larousse, et de l’autre côté, la ville de Saint-Sauveur, patrie des
potiers et surtout de Colette. C’est aussi dans cette ténébreuse Puisaye,
haut-lieu de la résistance, pays de bocage, de monts et de vaux, de
forêts et de prairies gazonnées, que vit Hubert Rives, l’astrophysicien
bien connu. La terre ici est argilo-siliceuse, les mares et étangs abondent,
et les légendes aussi ! C’est
dans ce décor préservé que j’ai trouvé ce qui a été pendant quelque
temps mon pire cauchemar : Le
Stentor noir, le stentor diabolique, en réalité, Stentor amethystinum. |
||
![]() |
||
|
la
mare aux stentors
|
|
Très
sombre, il ne permettait « in vivo » que de contempler sa silhouette, et la rapidité de sa nage. Ce
qui apparaissait comme une nappe
d’huile était devenu un gigantesque grouillement d’animaux unicellulaires. |
||
![]() |
||
|
des
stentors par millions
|
|
|
||
![]() |
|
J’essaye
même de les colorer sans les fixer ! la même séquence en résulte :
contraction en boule, puis explosion. Michel
et Walter me donnent le même conseil : les noyer sous un déluge
de fixateur. Cela ne modifiera pas le résultat : les animaux réagissent
plus vite que les fixateurs n’agissent. |
||
![]() |
|
Walter
publie à ce moment là un article, la deuxième partie des fixateurs ,
dans lequel il est question d’ébouillanter les animaux. J’obtiens sensiblement
le même résultat. Quelques tentatives d’anesthésie par le formol dilué
(autre technique proposée par Walter) provoquent la même réaction, à
moins que le taux de dilution soit très faible, au strict minimum de
1/8000, et l’injection très lente et prudente. Walter, encore une fois,
me suggère un produit pour l’anesthésie : l’iodure de potassium,
avec comme procédure un engourdissement progressif. Au
bout d’une autre journée, le progrès est sensible : j’arrive à
immobiliser des stentors dans une position complètement détendue, mais
la moindre goutte en trop, et c’est l’explosion. |
||
![]() |
||
|
il
fait dodo,enfin
|
|
Malheureusement,
tout fixateur utilisé à ce stade entraîne l’explosion. Par contre, cette
tranquillité me permet quelques observations intéressantes : la
présence des algues qui vivent en symbiose avec le stentor, les vacuoles,
et surtout la couronne de cils qui leur sert plus souvent à se déplacer
qu’à chasser. En effet, je ne les ai pratiquement jamais vus « en
poste » comme les autres stentors, ni en « trompette » !
Ils passent le plus clair de leur temps à se déplacer, ou à se grouper.
Voici les photos que j’ai pu faire lorsqu’ils dormaient. |
|||
![]() |
![]() |
||
|
Allure
générale |
les
zoochlorelles
|
||
|
|
|||
![]() |
![]() |
||
|
les
vacuoles et l’enveloppe superficielle striée (caractéristique des stentors)
|
|
||
|
|
|||
|
|
||
|
Pas
de chance, tous ceux que j’avais chez moi étaient morts, car je n’ai
comme moyen de conservation que des bocaux à confiture dérobés à mon
épouse, que je remplis à moitié avec les prélèvements. Plus d’une semaine
s’était écoulée, et les chers démons étaient partis pour le paradis
des stentors. A la mare non plus, plus de trace ! Dans
les bocaux, ils avaient été remplacés par des centaines de rotifères,
qui les avaient visiblement avalés, mais ceci est une autre histoire,
sur laquelle Walter et moi avons aussi travaillé, vous saurez bientôt
de quoi il retourne. |
||
|
Terminée,
donc, la fabuleuse histoire du stentor noir ou brun. Il nous faudrait
attendre leur réapparition, car d’après le propriétaire de la mare,
tous les ans ils apparaissent, disparaissent, etc… Attendre,
mais le hasard allait changer les choses. Il m’est venu, il y a quelques
jours, l’idée d’aller faire un prélèvement dans une mare que je connais
depuis l’âge des culottes courtes, et dans laquelle j’allais pêcher
la grenouille avec un chiffon rouge (je vous rassure, c’était juste
pour le sport, je n’en ai jamais tué une !). Située dans la région
très sableuse qui s’étend des faubourgs d’Auxerre jusqu’à Fleury-la-vallée,
en passant par l’aérodrome d ‘Auxerre-Branches, elle a survécu à tous
les chambardements et déprédations, toujours elle-même dans sa carrière
de sable désaffectée. Et là, surprise, qui se prélassait à la surface ? J’ai
donc pu reprendre la procédure, avec les mêmes soucis. Mais
cette fois-ci, j’ai fait le « forcing », anesthésié les animaux
le plus rapidement possible avec l’iodure de potassium. En moins d’une
minute, ils étaient tous endormis, je les ai ébouillantés, et j’ai pu
recueillir quelques spécimens, non pas complètement détendus, c’est
quasiment impossible, mais encore assez entiers pour pouvoir espérer
quelque chose. Le hasard, qui fait bien les choses, m’a mis sur la piste
avec un nucléus servi sur un plateau, comme éjecté par l’explosion : |
||
|
|
|
Le
Gala à lui seul avait déjà sensiblement éclairci les stentors, et il
était enfin possible d’avoir la confirmation : il n’y avait qu’un
seul nucleus : |
|||
![]() |
![]() |
||
|
Un
peu d’hypochlorite a fini le travail : |
|||
|
|
|||
Tous ces documents ont été envoyés à l’ami Walter, qui a pu enfin démasquer le stentor et décliner son identité |
|||
| « Et
bien excuses- moi mais je sais très peu d'allemand. Je traduis seulement
l'essentiel de la description de Kahl. Mais je crois que le petit démon
il a maintenant un nom légitime. Tu peux l'appeler plus familièrement quand tu
le trouves dans tes promenades : |
|||
![]() |
|||
|
Roux-Penard
et autres auteurs) Taille moyen 300 - 400 u, mais d'après Leydi jusqu'a
600. Coloration bleue améthyste, toujours avec des
Zoochlorelles (verts); la coloration de mélange apparaît souvent
brun presque
noir. Macronucleus rond, petit selon Penard, assez grands suivant
d’autres auteurs. Un seul micronucleus» KAHL A. 1930-1935 : Wimpertiere oder Ciliata-Die
Tierwelt Deutschlands. Tell 18 |
|||
|
|
Auteur : Christian Colin Consultant : Walter Dioni |
||
| Fiche
Technique : |
||
| Récolte : simple, il suffit de récolter
la pellicule en surface dans un récipient tel qu’un bocal à confitures,
éventuellement, une loupe (deux à trois dioptries) permettra une confirmation
sur le terrain |
||
|
Préparation : Il
faut « anesthésier »
les animaux à l’aide d’un des produits suivants : -iodure de sodium ou de potassium à 1% |
||
|
Procédure :endormir
les animaux en ajoutant le produit choisi très lentement, par petites
doses, jusqu’à obtenir la relaxation complète Note :
cette procédure est beaucoup plus aisée à mettre en œuvre avec l’iodure
de potassium qu’avec le formol, qui doit être dilué au taux minimum
de 1/8000, et injecté dans l’eau en infimes quantités (j’ai
réussi à anesthésier les stentors de la première récolte de cette façon,
après bien des essais, mais la deuxième récolte y a été totalement réfractaire
même avec un taux de 1/12000) |
||
| Fixation : Bouin, Lactocuprique
et Gala 20 peuvent être utilisés, sauf si l’anesthésiant est l’iodure
de potassium : dans ce cas, ne pas utiliser le lactocuprique. |
||
|
Procédure : étant donné le très faible taux de réussite, il est nécessaire d’utiliser un grand nombre de stentors réunis dans la même quantité d’eau. Ajouter soudainement une quantité trois à quatre fois plus grande d’eau bouillante (en ébullition). Le plus simple est d’utiliser un récipient adapté : cristallisoir, salière…. Avec
une pipette, retirer une dizaine d’éléments, contrôler au microscope
. Noyer la préparation dans le fixateur (personnellement Gala20) pendant
une douzaine d’heures. Contrôler le résultat. L’utilisation du gala
m’a dispensé d’éclaircisseur. J’ai tout de même employé une infime quantité
d’hypochlorite pour achever le travail, mais ce n’était pas une nécessité
absolue. Si vous voulez utiliser des colorants :
Pour
le noyau : violet de gentiane,
ou bleu de méthylène, laver puis colorer le cytoplasme à l’éosine 0,25%
(celle du commerce est diluée à 2%) Laver puis passer au liquide glycériné, laisser
le liquide se concentrer jusqu’à environ 50%, montage classique à la
gélatine glycérinée ou PVA-G |
|
Dessins
et Photographies : |
|||
| Il est préférable de dessiner ou de photographier les animaux lorsqu’ils sont anesthésiés, et complètement détendus. En effet, quelle que soit la méthode, quel que soit le produit , la fixation entraîne automatiquement une contraction plus ou moins poussée. | |||
|
CC
|
|||
|
PETIT BONUS |
|||
|
(Note
du WebMaster) |
|||
|
Cet article vous a intéressé ? vous a passionné ? |
||
|
Alors nous vous invitons à en discuter avec son Auteur ou bien au sein du groupe |
||
|
© MicrOscOpieS.com MicrOscOpieS.org Mikroscopia.com et les Auteurs. |
||
|
© Tous droits réservés. MicrOscOpieS.com , MicrOscOpieS.org & Mikroscopia.com |