Les nouveaux Phénix

Première partie : La fin
 

 

 

 

Il est intéressant de voir que parfois les plus anciennes légendes de l'humanité rejoignent une réalité proche de nous, mais que nos sens limités ne nous permettent pas d'appréhender sans l'aide de prolongements artificiels, ici , le microscope.

Ces ancêtres lointains qui ont raconté de génération en génération la fabuleuse histoire du Phénix, cet oiseau capable de renaître de ses propres cendres, connaissaient -ils ce petit être que Marcel Roland, dans son ouvrage "la Féerie du microscope", désigne sous le nom de "ver rose"?

Sans doute pas, et pourtant le Rotifère, rose ou gris, utilise lui aussi une méthode extrême pour tenter d'assurer sa survie. Lorsque viennent les temps difficiles de l'assèchement de son univers, le petit "ver" se réfugie dans une mort apparente incroyablement bien imitée, à l'abri d'un peu d'algues ou de détritus que le vent balaiera. Si bien imitée, cette fin, que quelquefois il ne s'en remettra pas!

Mais d'autres fois, il échappera à cette faucheuse éternelle qu'il nargue, et les conditions nécessaires revenues, au gré d'une pluie ou d'un orage, dans une boite oubliée dans le fond d'un jardin, dans une gouttière, il reviendra à la vie.

Cette histoire magique, j'ai eu envie de la toucher du doigt, et dans mon jardin, il y avait une boite oubliée ,et dans la boite...


 
 
 
     
  L’aventure commence le 5 Novembre 2003 à 8 h30 du matin, par le dépôt sur une lame classique d’une goutte d’eau contenant rotifères roses, rotifères gris, haematococcus et déchets de toutes sortes.

Je laisse donc l’eau s’évaporer toute seule, tout en surveillant l’activité des rotifères avec l’objectif achromatique X10 du Paralux

A 9 h30, quelques rotifères ont terminé leur transformation en une sorte d’œuf, qualifié « d’œuf de résistance »que j’aperçois au milieu des débris :

 
 
 
     
  De 9h30 à 10h 45, tous les autres feront de même, suivant une technique de rétractation progressive, et non pas brutale comme lors d’une alerte. La tête et les « roues ciliées » se rétractent dans le corps, qui se gonfle progressivement par le centre, prenant la forme d’une amphore , puis d’un vase :


 
 
 
     
  Le vase s’arrondit de plus en plus :

 
 
 
     
 

Au fur et à mesure que l’eau quitte la lame, les rotifères fuient les zones sèches, et se réfugient vers des amas de détritus ou d’algues haematococcus, pour pouvoir accomplir leur manoeuvre de survie. Ceux qui se laisseront encercler dans une partie déserte mourront sans avoir le temps d’effectuer la transformation


 
 
 
     

  A 10h45, il n’y a plus d’eau sous forme liquide, mais les déchets n’ont pas encore l’aspect racorni que leur donne la déshydratation. Plus aucun rotifère ne donne signe de vie, Hormis les cadavres, il ne subsiste que les Haematococcus, Les amas de détritus, et de petits ovoïdes rosâtres, ou grisâtres, c’est selon.

Seul ,un examen avec un objectif plus puissant (X40), permet de reconnaître l’origine de ces objets inertes, montrant pour un temps encore l’ancienne silhouette du mastax :

 
 
 
 
Bientôt, l’aridité sera totale, et le Rotifère, protégé par son armure , reposera dans une immobilité totale, perdu dans un rêve de mort sans fin, jusqu’à ce qu’un mystérieux signal l’avertisse que l’eau est revenue.

 
 
A suivre
 
 
Christian Colin
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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