Les nouveaux Phénix

Deuxième partie : La Vie et la Mort
 

 

 

  Je suis un couche-tôt, mais aussi un lève-tôt ( rassurez-vous, le monde ne m’a jamais appartenu pour autant !). Il est 6 heures du matin ce 21 Décembre 2003, soit 46 jours après leur « mise en sommeil », quand je décide de tirer de leur léthargie les rotifères de l’une des deux lames que j’ai préparées le 5 Novembre.

L’opération « debout lan’ dans » débute à 6h30 précises, par l’injection d’eau sous le couvre objet, jusqu’à débordement sur les côtés de celle-ci.

Les premiers objets qui retrouvent une forme reconnaissable sont les Haematococcus et les détritus. En se gonflant, ils laissent apparaître de ci de là quelques lueurs roses qui sont sans aucun doute les « œufs de survie ».

J’ai dû prendre 80 photos au total, aussi pour économiser de l’espace et ne pas trop alourdir le fichier, je vous présente le processus de « renaissance » en une seule planche. Les photos 1,2,3 ont été prises entre 6 :30 et 6 :45. A cette heure là, les œufs sont tout à fait reconnaissables.

 
 
 
     
  La photo 4 montre l’un d’eux, qui a commencé sa transformation, et est animé d’oscillations qui l’ont fait sortir de la masse des algues et déchets. Les photos suivantes montrent l’avancement de cette restructuration morphologique, jusqu’à ce que le « ver rose » retrouve toutes ses facultés et se remette immédiatement en chasse. Dormir, c’est bien, mais contrairement à ce que l’on dit, ça provoque un petit creux à l’estomac !

Ce processus, pour le moins époustouflant, commencé à 6 :45, s’est achevé à 6 :53.

En réalité, à cet instant, ils sont deux à avoir retrouvé la vie, les autres en sont encore à divers stades de la métamorphose. Le phénomène se passe exactement en sens inverse de la mise à l’abri : déformation de l’ovoïde, allongement, sortie de la queue, puis sortie de la tête et des organes ciliés.

Une chose par contre est différente de la description donnée par Marcel Roland (le monde féerique du microscope) : le rotifère n’est pas sorti d’une « coquille d’œuf », il était lui-même cet œuf, et n’a laissé aucune trace derrière lui ?

C’est une belle histoire, une histoire digne des contes de Noël de notre enfance, et il serait merveilleux de s’en tenir là. Malheureusement, pour certains de ces « vers », les choses n’ont pas été roses. Certains n’ont pas réagi du tout, plongés dans un sommeil qui n’aura plus jamais de fin. D’autres ont tenté de revenir, de toutes leurs forces, et ont échoué tout près du but, s’épuisant en essayant de vivre. C’est ce que montre cette deuxième planche :


 
 
 
     
  Les photos 1,2,3 montrent l’une d’elle, qui de 6 :45 à 8 :15, arrivée presque au bout du processus, a tenté par de violents et brusques mouvements de sortir la tête, ultime étape. En l’observant, je ressentais la détresse angoissante de quelqu’un qui se noie et tend les mains vers la surface !

Cette lutte acharnée ne lui permettra pas de survivre, et la photo 4 montre son corps privé de vie.

Plus de la moitié subiront ce sort, mais quelle peut-être la raison ?

J’ai régulièrement alimenté la lame en eau, et peut-être est-ce là le problème :

J’avais bien récupéré de l’eau de pluie pour eux, mais cette eau a été rapidement peuplée de leurs consoeurs, aussi ai-je dû me résigner à les approvisionner en eau de l’étang, pour éviter d’introduire un ou quelques individus qui auraient faussé l’expérience. Et dans cet étang, je n’ai JAMAIS trouvé le moindre rotifère ?

Malgré tout , un tiers environ a survécu, aussi bien chez les gris que les roses. La dernière planche vous montre la vie(1) et la mort (2).

 
 
 
     
  Toutes les photos ont été faites sur Paralux 1100-2, objectif X10, Webcam philips Toucam pro 740 et éclairage Led Luxeon Star

L’idée de cette expérience est tirée du livre de Marcel Roland, publié en 1937 : « Le monde féerique du microscope », qui m’a été gracieusement offert par Dominique Voisin

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  Avec tous mes remerciements  
 
Christian Colin