Des micromycètes
spectaculaires au microscope :
Les érysiphacées



Daniel Nardin


  Suite à la présentation par Michel Verolet de son observation et à la demande de Christian Aubert, je m’étais engagé à faire une petite synthèse sur cette famille de micro-champignons.

Elle correspond aux agents des « oïdiums » ou « blancs » des végétaux.
Ces maladies des plantes touchent de nombreuses espèces d’arbres (le chêne , le saule, …) ou de plantes cultivées (vigne, rosier…)

Les symptômes sont un feutrage blanc qui recouvre différents organes mais surtout la face inférieure des feuilles.
Ce sont des parasites externes car le mycélium reste en surface en général et n’envoie que de courts suçoirs dans les cellules des plantes parasitées ou parfois pénètre juste un peu dans les tissus par les stomates.
Il peut y avoir parfois un dommage important pour l' hôte car les feuilles parasitées , surtout si elles sont jeunes, peuvent se nécroser puis se dessécher et ne plus élaborer de matière organique; ce qui entraîne un défaut de croissance.

 

  Les formes se reproduisant par voie asexuée sont les oïdiums au sens botanique. Ils forment seulement des conidies, c’est à dire des cellules de dispersion. Par exemple, l’oïdium de la vigne Oïdium tuckeri ne se reproduirait en Europe que par ce moyen. Mais on sait qu'il s' agit de la même espèce que l'américaine Uncinula necator qui est sexuellement fertile.  
 

Voici un schéma d'un oïdium tiré d'un site pédagogique canadien.

On voit l'épiderme de la plante qui porte le mycélium. Des suçoirs traversent la cuticule à différents endroits. Les conidies sont les éléments grisés. En se détachant , ils assurent la dissémination du champignon.

  Longtemps, l'oïdium du chêne n'a été connu que sous sa forme conidienne. La forme sexuée Microsphaera quercinea a été considérée comme rare lors de sa découverte en Russie vers 1920. Elle se serait étendue progressivement vers l'ouest de l'Europe puisqu'actuellement, on la rencontre semble t il communément en France.
A moins que les mycologues ne soient plus nombreux à s'y intéresser?

 

 

Les formes à reproduction sexuée sont plus intéressantes pour le microscopiste.
Elles produisent des organes reproducteurs sphériques et fermés : les cléistothèces, dans lesquels se forment des asques renfermant en général 8 spores. (C'est une variante fermée des périthèces présents chez certains champignons)

Ces organes sont garnis d’appendices appelés fulcres qui sont utilisés dans l’identification spécifique par leur formes. Par exemple, les extrémités des fulcres sont spiralées dans l’oïdium de la vigne (se reproduisant en Amérique). Elles sont divisées de façon dichotome chez l’oïdium du chêne …
Ce sont des filaments mycéliens en général formés d'une seule cellule issue de la division d'une cellule de la paroi du périthèce. Ces fulcres ne semblent ne pas avoir de fonction précise sauf une "stabilisation des périthèces" selon Viennot-Bourgin.

Les structures ainsi formées peuvent être très esthétiques!

 

 

 
exemple d'organe reproducteur d'érésyphacée:


(J'ai utilisé l’image de départ de la discussion que j'ai légendée.)



Place des érésyphacées dans la classification

Le type de reproduction permet (entre autres) de classer cette famille d’organismes:
Champignons ou Eumycètes
pour la structure cellulaire et le mode de vie,
Ascomycètes
pour la reproduction passant par la production d’organes en forme de sacs, les asques ou la méiose forme des spores,
Pyrénomycètes
pour les « fruits » à asques , appelés périthèces, qui sont de forme sphérique mais avec un orifice en général,
Erysiphales puis Erysiphacées
pour les périthèces fermés ou cléistothèces (cléisto : du grec kleidion [cléist(o)], fermé )

 


clé des genres d'érésyphacées

Viennot Bourgin donne la classification suivante des Erysiphacées , que l'on retrouve simplifiée sur le site internet de R.Lesueur:

  1 ) Fulcres filiformes ± brunâtres, flexueux :
  2 ) Un seul asque :
Sphaerotheca
  2 ) Plusieurs asques par périthèce:  
    3) Conidies en tonnelet par 4 à 8 
Erysiphe
    3) Conidies en courte chaine ou solitaire
Leveillula
 
  1 ) Fulcres hyalins divisés dichotomiquement à leur sommet :
  2 ) Fulcres au sommet du périthèce, un seul asque par périthèce:
Podosphaera
  2 ) Fulcres insérés équatorialement, plusieurs asques par périthèce:
Microsphaera
 
  1 ) Fulcres hyalins recourbés en crosse à leur sommet :
 
Uncinula.
 
  1 ) Fulcres hyalins, raides, ampullaires à leur base :
 
Phyllactinia.

 

 

Voici quelques exemples d'espèces de chacun de ces genres et leur différents hôtes:

Erysiphe graminis   diverses graminées et céréales
Microsphaera alphitoïdes
chêne
Podosphaera acupariae   sorbier
Uncinula salicis
Uncinula salicis
saule
Phyllactenia corylea= P.suffulta
Phyllactenia suffulta
noisetier , frêne , sorbier des oiseleurs
...    


Je vous propose de les rechercher ainsi que d'autres micromycètes parasites des végétaux.
Après discussion dans le sous forum consacré aux champignons microscopiques, les photos identifiées pourraient faire l'objet d'un 2e article qui serait un atlas de quelques espèces françaises.
Vous pouvez aider les mycologues en signalant vos trouvailles et en envoyant un échantillon sec de la plante hôte portant le micromycète avec la mention du lieu et de la date de récolte.…
Contactez moi et je vous mettrai en relation avec des spécialistes comme Léon Slupinsky ou Daniel Sugny. Vous participerez ainsi à la cartographie de ces micromycètes et vos échantillons pourront être conservés dans l'herbier national à Montpellier..

 

Récolte
 

Il est facile de trouver ces champignons à cause des symptomes visibles sur les hôtes.
Mais souvent, il ne s'agit que des formes conidiennes ou oïdium. Un examen à la loupe permet de s'assurer de la présence de cléistothèces.
Il est important d'identifier la plante support car ce sera une grande aide pour la détermination.
Ensuite, l'examen des feuilles peut se faire à la loupe binoculaire . La forme des fulcres permettra d'identifier au niveau du genre.
Le microscope à lumière transmise nécessite une préparation entre lame et lamelle des cléistothèces que l'on détache avec une aiguille pour les faire tomber dans une goutte d'eau. En les écrasant un peu, ils se déchirent et les asques ou les spores deviennent visibles...


Bibliographie :
Chadefaud et All. « Précis de botanique, tome 1 » Masson 1978
Viennot Bourgin "Mildious, oïdiums, ... rouilles des plantes de France" Lechevalier 1956

Liens internet:

Article « oïdium » sur wikipedia   http://fr.wikipedia.org/wiki/O%C3%AFdium
Article illustré sur l’oïdium du saule   http://perso.orange.fr/daniel.nardin/SiteBota/mois.htm
Dessin du cléistothèce de l’oïdium du chêne   http://sevlauqu.club.fr/images/Microsphaera_dessin.jpg
Jérémy Siteaut nous propose des fiches sur plusieurs espèces dans son site remarquable sur les maladies cryptogamiques des végétaux:
Fiche TP bota oïdium du noisetier   http://site.voila.fr/ennemis-agri/champignons/tpbv/tpbv/oidium_noisetier.pdf
Idem sur Berberis   http://site.voila.fr/ennemis-agri/champignons/tpbv/tpbv/oidium_berberis.pdf
Article de Roger Lessueur sur les ascomycètes,
(descendez à plectascales , synonyme d’erysiphales, ordre renfermant les erysiphacées)
    http://www.mycologie.com/page6.htm
Classification des Erysiphales de Nouvelle Zélande ! :   http://nzfungi.landcareresearch.co.nz/html/data.asp?ID=37-HKN-55&NAMEPKey=26649
très complet et avec les références des inventeurs et des herbiers de micromycètes néo-zélandais souvent aussi cosmopolites, mais malheureusement pas d’illustrations.
bon article illustré en anglais, il y a l'indication des recherches taxonomiques actuelles basées sur l'ADN et un tableau de classification moderne qui se base à la fois sur la morphologie des formes conidiennes et celle des formes sexuées: http://www.apsnet.org/education/LabExercises/PowderyMildew/Top.html

Il existe de nombreux liens en anglais sur des sites institutionnels d'agronomie.
C'est lié à l'importance économique des dégâts de ces parasites pour les plantes cultivées...