Chapitre 3
Les spores
 
Trois éléments géométriques principaux sont à observer : la forme, les ornementations et les dimensions. Plus une caractéristique chimique, l’amyloïdité.
 
     
 
1. Prélèvement de spores
 
     
 
Le mieux est de travailler sur une sporée, c’est dire un dépôt en masse de spores. Pour obtenir ce dépôt, on pose le champignon sur une feuille de papier ou directement sur une lame (petites espèces) et on attend 12 à 24 heures. Une difficulté consiste à maintenir une humidité suffisante, mais sans plus, pendant le dépôt. De base, on pose un récipient retourné sur le champignon pour éviter trop d’évaporation et éviter les courants d’air. Les spores sont très légères et le moindre souffle les emportera ailleurs qu’à l’endroit souhaité. Il vaut mieux éviter le contact direct d’une grosse espèce avec le papier car cela l’humidifie. Si le champignon ou l’atmosphère sont plutôt secs on peut ajouter sous le récipient une coupelle d’eau ou un morceau de mousse humide. Si l’espèce est plutôt détrempée, il vaut mieux laisser une petite aération pour éviter une prolifération de moisissures ou la putréfaction rapide du champignon. C’est affaire d’expérience. La sporée a deux grands avantages : on voit la couleur des spores en masse et on récolte des spores mûres, ce qui est important pour une mensuration précise. On prélèvera une tête d’épingle de cette sporée pour la mettre entre lame et lamelle.
 
     
 
Quand on n’a pas le courage ou la patience de faire une sporée (c’est mon cas le plus souvent…), on prélève un petit morceau d’hyménium (coupe ou morceau écrasé) et on verra des spores. Avantage, outre la rapidité, on voit les autres éléments de l’hyménium et, concernant les spores, on verra si les basides sont tétrasporiques (cas le plus courant) ou bisporiques. Inconvénient : les spores mûres sont mélangées à des spores immatures.
 
     
 
Coloration et observation : le congo (ammoniacal ou SDS) est un bon colorant d’emploi général. Si on a affaire à un lactaire ou une russule, il faut utiliser le Melzer (voir plus bas) car il colore les ornementations d’une façon très visible. Dans certains groupes où coexistent des espèces à spores amyloïdes et d’autres pas, le Melzer est aussi à utiliser pour savoir à quoi s’en tenir.
 
     
 
Le contraste interférentiel donne de bons résultats, sur des spores peu colorées, le contraste de phase moins à cause des franges qui gênent l’observation des détails.
 
     
 
Il y a des cas où on ne voit pas de spores : exemplaires trop jeunes, exemplaires stériles (rares, mais ça arrive), polypores et autres champignons lignicoles en état de repos (certains polypores sont pluriannuels, mais ne font pas de spores toute l’année ; avec de l’obstination, on peut quelquefois trouver des spores au fond des tubes).
 
     
 
Attention aux contaminations : dans un panier, des spores d’un champignon tombent sur les autres et de toutes façons, des spores voyageant dans l’air se déposent partout. Si vous avez une sporée ou une préparation riche en spores, les intrus se détectent facilement. Si vous êtes dans un cas où il y a très peu de spores, attention au cas où la spore trouvée après de longues recherches vient d’une autre espèce (je parle par expérience) !
 
     
 
.1. Amyloïdité
 
     
 
Une caractéristique chimique intéressante est l’amyloïdité, c’est à dire la capacité à fixer l’iode, soit sur toute la spore soit sur ses ornementations. Deux objectifs : mieux voir les détails en les colorant ou savoir si la paroi de la spore fixe l’iode.
 
     
 
Le réactif utilisé préférentiellement est le réactif de Melzer, contenant de l’iode, de l’iodure de potassium et de l’hydrate de chloral, le tout dissous dans l’eau. Il y a une petite difficulté : l’hydrate de chloral n’est pas en vente libre ; il vaut donc mieux bien connaître un pharmacien. Les solutions aqueuses d’iode sont brunes, contrairement à l’iode pur (solide bleu-noir) ou des solutions dans des solvants organiques (violettes). Quand les spores sont amyloïdes, elles fixent l’iode en prenant une coloration bleu-noir. La réaction est bien visible si on travaille macroscopiquement sur une sporée, nettement moins sous le microscope avec des spores petites ou à parois minces. Il faut que l’éclairage contienne du bleu, sinon on ne se rend pas bien compte de l’amyloïdité.
 
     
Spores de russule observées dans le Melzer
     
 
Les verrues ont bien été colorées par l’iode. On cherche à voir si les verrues sont hautes ou basses et s’il y a des lignes ou des crêtes entre les verrues. Objectif Plan apo 100x ON1,32. Longueur des spores environ 8 µm.
 
     
 
3. Couleur des spores sous le microscope
 
     
 
En général sous le microscope, les spores perdent leurs nuances de couleur. Elles apparaissent comme plus ou moins foncées. C’est un critère qui a relativement peu d’importance, sauf dans quelques cas très particuliers ou des espèces voisines, avec une sporée de couleur voisine, peuvent présenter une différence sensible de couleur sous le microscope.
 
     
 
4. Forme des spores
 
     
  Les basidiospores (spores des basidiomycètes) ont un apicule, c’est à dire une petite protubérance là où elles étaient reliées à la baside. On considère la forme des spores en faisant abstraction de l’apicule. On regarde les spores de côté, c’est à-dire avec l’apicule sur le côté. Dans de rares cas (coprins) il faut aussi les regarder de dos ou de face (apicule au milieu). Les ascospores ont en général une symétrie de révolution.  
     
 
Spore
 
     
 
On a donné des noms aux formes des spores, résumés dans ces tableaux :
 
     
 
Ne pas croire que tout est simple. La terminologie n’est pas totalement rigide et il y a des originaux…Ces planches ne sont pas non plus exhaustives.
 
     
 
Ne pas confondre une spore elliptique (allongée, symétrique) avec une spore ovoïde, qui a un petit bout et un gros bout, comme un œuf ! ou une spore amygdaliforme (en forme d’amande) où la dissymétrie est encore accentuée.
 
     
 
Quelques exemples
 
     
Spores amygdaliformes de Tubaria furfuracea
 
Spores elliptiques de Paxillus involutus
 
Spores gibbeuses d’Inocybe curvipes
 
Spores papillées de Flammulaster carpophiloides
 
Spores anguleuses d’Entoloma heb
 
Spores allongées et segmentées au milieu de Bisporella citrina
 
Spores elliptiques et tronquées au sommet de Coprinus lagopus
     
 
Il faut regarder beaucoup de spores et s’abstraire de l’apicule pour bien percevoir la forme.
 
     
  Les objectifs couramment utilisés sont le 40x si les spores ne sont pas trop petites et surtout l’objectif à immersion de grossissement plus élevé. Les spores ont le plus couramment une longueur entre 5 et 15 µm, mais il y en a de plus petites et de plus grosses.  
     
 

5. Ornementation des spores

 
     
 
Les spores ne sont pas forcément lisses, elles peuvent être couvertes d’aiguillons, de verrues, de crêtes, striées, etc…La planche suivante présente les principales ornementations :
 
     
 
Il y a des cas où on ne sait pas très bien qualifier entre ornementation et forme.
 
     
 
Attention, en cas d’ornementation basse, il est souvent difficile de faire la différence entre une ornementation de surface et une inhomogénéité du contenu qui peut aussi donner un aspect granuleux. Passer au grossissement maximum et regarder si le contour est lisse ou non !
 
     
 
Quelques exemples :
 
     
Spores verruqueuses d’Alnicola melinoides (100x)
 
Spores échinulées de Laccaria affinis (40x)
 
Spores réticulées de Melastiza chateri (100x)
 
Spores striées de Ramaria botrytis (100x)