MICRO-OUTILS POUR MICROSCOPIE

J.M. CAVANIHAC

 


 
Nous observons le micromonde, mais nous avons peu de moyens d'agir sur les objets faute d'outils de taille acceptable. Parfois il serait bien pratique de retourner une diatomée pour la voir sous un autre angle mais comment faire ? Dans la continuité du "Faites le vous même " (DIY: Do It Yourself en anglais !), voici quelques petits trucs pour réaliser de micro outils :
 
     


 


Aiguille montée : d'accord, elles ne coûtent pas trop cher encore faut il pouvoir se les procurer, mais on peut les réaliser très simplement : un bout de tourillon bois de 6 mm de diamètre (magasins de bricolage) , un petit trou de 1 mm dans l'axe et collé dedans par la tête, une simple aiguille. Personnellement je préfère utiliser un fil d'acier inox de 0,5 mm (voir articles de pèche, magasins de modélisme ..) affûté à la lime (ou petite meule) et poli à la toile émeri fine, car il ne rouille pas !

 
 



 


 
Dans la même veine vous pouvez faire une aiguille 'lancéolée' avec cette fois un fil plus gros aplati au marteau et limé puis poli en forme de flèche éventuellement tranchante sur les bords (idem ci dessus pour le manche !)
 
 



 


  Jusqu'ici , ce n'est pas trop difficile, sauf que si vous regardez la pointe au microscope, elle ressemble plutôt à un pieu (pas le lit !) .

     

 


Comment obtenir une pointe plus fine : par électro-érosion et là on attaque des techniques de pointe (sans jeu de mot ...) exigeant.... un laser à plasma ? (non je plaisante )... une simple pile électrique !
Attention : ne pas utiliser une alimentation reliée au secteur ou pouvant délivrer un fort courant (genre chargeur d'accus) .

En effet l'électrolyse d'un métal est capable d'arracher des atomes et de façonner des formes très fines. Voici le dispositif ci dessous qui parle de lui même . L'électrolyte, solution ou sont plongées les électrodes dont une est à usiner, est constitué d'eau salée (1/2 cuillère à café dans un verre d'eau)

 
 


 


 
Lorsque l'on fait passer le courant des bulles d'hydrogène se dégagent au pole négatif (cathode en cuivre ) et la solution prend une couleur brun rouge du coté de l'anode (notre fil d'acier à usiner) car les ions fer passent en solution. La durée d'usinage est plus ou moins longue selon le diamètre du fil (compter environ 1/2 heure pour un fil de 0,5 mm selon courant, salinité, distance entre électrodes : plus le courant est faible plus l'usinage est fin) et le résultat que l'on peut contrôler périodiquement au microscope est le suivant :
 
     
 

La pointe fait de l'ordre de 20 microns de diamètre : SANS avoir été affutée mécaniquement auparavant : le fil a été juste coupé à la pince. Le travail de ces petits électrons n'est il pas merveilleux ?
     

 
Pour usiner uniquement la pointe ne laisser tremper qu'un ou deux millimètres dans la solution. Si vous voulez affiner le fil au préalable, tremper 1 à 2 cm et électrolyser jusqu' à ce que le diamètre soit passé par exemple à 0,2 mm sur la partie immergé puis remonter et laisser tremper les 1 ou 2 millimètres pour fignoler la pointe :
 
 


 
 
Ici les résultats sont obtenus avec du fil inox (qui est un alliage) et l'attaque est moins régulière qu'avec du fil d'acier ordinaire (corde à piano) , mais celui ci à l'inconvénient de rouiller .
 
     

 
On peut de la même manière affiner des formes préalablement forgées (ou trouvées toutes prêtes dans le
commerce comme ces aiguilles à appâts pour pêche au "vif" ) : à gauche extrémité 'usinée' :


 
 


 


 
Autre outil intéressant
: des micro pipettes : le compte goutte est en général trop gros et trop peu précis pour ré-aspirer un objet, par exemple localisé sous faible grossissement . Vous pouvez demander auprès d'un laboratoire d'analyse médicale (lors de votre prochaine prise de sang ...) quelques tubes MICRO HEMATOCRITE, qui servent à faire des prélèvements sur les bébés. En général ils sont héparinés à l'intérieur ( l'héparine est un anticoagulant ) et il faudra bien les rincer avant usage. En chauffant doucement le milieu d'un tube sur une PETITE flamme et en tirant sur les extrémités, le verre fondu s'allonge et se rétréci. On s'arrête de tirer à un diamètre de 1 à 0,5 mm environ et on brise au milieu de la partie rétrécie. En rebrulant les extrémités à la flamme ou en les passant sur de la toile émeri très fine on peut avoir une ouverture très nette (contrôler au microscope) . On peut à défaut procéder de même avec un tube plastique genre recharge de stylo en plastique vide en la plaçant PLUS HAUT au dessus de la flamme et en la faisant tourner sur elle même (pour éviter que le plastique ne brûle). Il suffit alors de couper au milieu de la partie étirée avec une lame de rasoir et ce dernier type de pipette est pratique car incassable et souple. Par contre il n'est pas transparent
 
     

 

 
 

Ci dessus : capillaire pour microhématocrite : taille réelle (Trait bleu = non hépariné ). Ci contre capillaire étiré et pointes après cassure.

NB : éviter de les utiliser dans des boites de petri en plastique car ils rayent le fond. Utiliser plutôt des capillaires plastique.


 
Pour utiliser ces capillaires c'est très simple : les monter dans un tube de compte goutte à l'envers au travers d'un petit bouchon de caoutchouc (gomme de crayon porte mines) : (éviter de faire venir le spécimen dans le corps du tube compte goutte car il sera difficile de le faire redescendre dans le capillaire ! )

 
 


 


 
Si vraiment vous n'avez pas de compte goutte, des dosettes unidoses de collyre ou de sérum physiologique (ou même d'éosine ! voir rayon parapharmacie des grandes surfaces ...) sont très pratiques : ici le capillaire est en plastique introduit en force et collé dans le tube et le tube dans la dosette.

 
 


 



 
Si vous êtes vraiment bricoleur vous pouvez transformer un vieux porte mine de la façon suivante, en utilisant le poussoir et sa gomme collée, le tube intérieur étant un morceau de tube à air pour aquarium qui doit être bien élastique. L'avantage est que la force d'aspiration est faible (on ne rempli qu'à moitié le capillaire) et peut être mieux dosée, mais on peut se passer de cet accessoire…

 
 

 

 


 
Petit bonus :
le filet à plancton ! On peut se compliquer la vie à essayer d'en réaliser un 'vrai' mais en voici deux modèles très simples (filtres à café en mailles plastique ) l'un souple et plus fin (on peut vider à l'intérieur plusieurs seaux d'eau pour concentrer les micro algues) et l'autre rigide et lesté (2 plombs de pèche de 50 gr) pour envoyer à quelques mètres dans l'eau , avant de rincer leur contenu dans un peu d'eau dans un petit seau.
(Bien entendu si vos sources de prélèvement sont 'douteuses' ne pas oublier d' utiliser des gants de protection et de désinfecter les filets à l'eau javellisée en rentrant à la maison . )

 
 


 


 
Ne me dites pas que tout cela coûte trop cher ! et vous serez étonné de ce que vous pouvez en faire... Bon bricolage !