QUELQUES RÉFLEXIONS SUR les TECHNIQUES de MICROGRAPHIE et les MICROSCOPISTES
 
 

Walter Dioni- Durango (Dgo.) Mexique
 
 

 

L'amateur microscopiste qui achète son premier microscope de travail centre son attention dans l’apprentissage de l’utilisation de son microscope et en obtenir les premiers sujets pour les observer. Peu à peu il commence à s'intéresser  à d'autres matériaux et à essayer des techniques de manipulation et d’observation de ces derniers. Et il commencera sûrement à prendre quelques notes et à faire des recherches sur la façon dont  il peut enregistrer les merveilles qu'il découvre.

 

S'il réfléchît un peu il verra qu'il compile et utilise des techniques pour :

 

Obtention ou Récolte du matériel à observer
Élevage facultatif, (si c'est du matériel vivant) 
Observation, (pratiquement le motif générateur des techniques de micrographie)
Identification des espèces observées (s'il est curieux)
Classement de données (s'il est ordonné)
Conservation et archives d'échantillons (s'il est prévoyant)
Exploitation des données et des échantillons (quand ses connaissances seront déjà suffisantes)

 

Evidemment chacun de ces "chapitres" variera en contenu, selon le matériel concerné.

Mais il y a évidemment des aspects généraux, partagés par beaucoup de matériels. Il n'est pas facile de couvrir tout cela, et par vocation et connaissance je me limiterai à examiner de plus près les sujets biologiques

 

Récolte : On commence par examiner ce que nous avons sous la main, guidés par un certain ami ou un certain livre plus ou moins élémentaire, et ensuite à choisir et utiliser quelques instruments de récolte.

 

Bien qu'en principe l'amateur ne soit pas conscient de cela, l'instrument conditionne ce qu'il peut collecter et observer.

 

Ce n'est pas sa faute : Pendant des dizaines d'années les professionnels ont décrit des associations d’animaux et plantes auxquelles ils ont même donné des noms différents sans prendre conscience  qu'ils n'étudiaient pas des associations naturelles, mais celles que l'instrument délimitait. Sont ainsi apparus des noms comme Plancton (les animaux capturés dans l'eau ouverte en utilisant un filet (réseau) de maille très fine), Benthos, (les animaux et les plantes pris dans le fonds des cours d'eau au moyen de différentes dragues) ou Necton, (les animaux, généralement poissons, que l'on  capture  dans l'eau avec un réseau de maille très large) et beaucoup d’autres noms que nous examinerons peut-être dans une note postérieure.

 

En affinant l'équipement on a produit des subdivisions (Ictioplancton, les larves de poissons de taille très petite, Zooplancton, les petits animaux qui sont pris généralement avec un réseau plus grand que 75 micromètres, Phytoplancton, les microalgues qu'on attrape  avec un réseau jusqu'à 25 micromètres, Microplancton, celui qui ne peut pas être pris avec un réseau et a besoin d'être pris avec des bouteilles spéciales), etc.

 

L'amateur peut très bien imiter les méthodes de récolte des professionnels et travailler ainsi sur les groupes de petite taille qui sont ceux qui attirent généralement davantage l'intérêt, avec quelques différences de méthode.

 

Les professionnels prennent généralement des échantillons sériés dans l'espace ou dans le temps, et les fixent pour les conserver le temps nécessaire pour qu'ils puissent être étudiées en accord avec le dessein de l'expérience qu'on développe (par exemple l’étude de la variation mensuelle dans la composition du zooplancton d'un lac) Ceci implique normalement que les organismes de l'échantillon sont déjà connus taxonomiquement, et que même une fois fixés ils peuvent être reconnus par le chercheur.

 

À son tour ceci indique qu'on a fait préalablement beaucoup de travail préliminaire dans des petits échantillons et en matériel vivant, parfois cultivé dans le laboratoire, pour pouvoir identifier les espèces présentes dans le milieu où l’on fait la recherche.

 

L'amateur a principalement l'intérêt d'observer les organismes vivants. Car on comprend mieux ses structures générales et leur comportement. Par conséquent la plupart des instruments professionnels seront démesurés  pour ses besoins initiaux et il devra les adapter et les réduire de taille. Dans le Web il convient de consulter les travaux de Richard Howey et de Howard Webb dans Micscape, ou ceux de Jean Marie Cavanihac dans Microscopies, pour voir des instruments « amateurs » pour ce travail.

 

Il voudra aussi garder son matériel vivant le plus longtemps possible et cela l’amènera à essayer d’élever ses spécimens dans son laboratoire.

 

Culture : C'est généralement la façon de maintenir les organismes capturés pour permettre une longue observation, mais il peut légitimement être le moyen pour effectuer une expérimentation à la fin de comprendre plus clairement l'écologie, les cycles vitaux et la physiologie de quelques espèces choisies. Il y a aussi des travaux publiés sur le Net  (Aussi d’après Howey et de JMC) qui peuvent aider l’amateur. Et comme beaucoup de micro-organismes peuvent être utilisés comme aliment pour alevins de poissons d'ornement c'est une tâche fructueuse d'examiner sur le Net les FAQ's des groupes d'aquariculture. Et en outre quelques manuels de travaux pratiques d’écoles et universités, aussi sur  le Net qui indiquent ces techniques. Les méthodes sont multiples et  de divers niveau et très spécifiques en général, bien qu'il y ait évidemment des techniques générales que tout amateur commence à appliquer au peu de temps qu'il a de se consacrer à son penchant. Comme le changement partiels d'eau, l'oxygénation, et l'enrichissement organique discret du matériel conservé dans le laboratoire dans de petits aquariums.

 

Pour le microscopiste, le montage d’un petit aquarium, avec aération, bien fourni  avec de vraies plantes aquatiques (pas de poissons ou seulement un très petit) et avec un filtre « sous sable », peut remplacer jusqu’un certain point une vraie mare. Il peut servir à introduire des échantillons naturels, dont les microinvertébrés vont se faire citoyens, sans exiger beaucoup de travail. Des dizaines d’environnements différent se développeront et évolueront montrant une succession d’espèces plus qu’intéressante, dans chaque point du substrat légèrement différent par son inclinaison, granulométrie du substrat, degré d’illumination, distance de la source d’aération, etc. Ils attendront seulement la pipette qui les emportera sur la lame et sous l’objectif du microscope.

 

Observation : cela implique, régulièrement, de préparer le matériel concerné pour pouvoir l'examiner avec le microscope dans les meilleures conditions possibles pour faire des recherches sur sa structure, et, dans beaucoup de cas, sur les détails de sa physiologie, au moyen de l'expérimentation. Il est possible par exemple d'étudier l'effet de la température sur le métabolisme d'un cladocère, en enregistrant les battements de son coeur, tandis qu'il est chauffé ou refroidit le microaquarium dans lequel il est confiné, ou suivre le cycle de la digestion dans une paramécie, en le nourrissant avec des levures colorées avec le Rouge Congo, et en vérifiant le changement de couleur (changement de pH) des vacuoles digestives au fur et à mesure qu'elles avancent dans leur parcours dans  le cytoplasme.

 

            On recourt pour cela au montage humide du matériel vivant (lamelle/lame, lames excavées, des microaquariums), à l'anesthésie (qui , en ce qui concerne les microinvertébrés est presque toujours une relaxation, pour les observer en détail, bien que cela entraîne généralement le décès de l'individu), à la fixation pour conserver la pièce de manière durable, afin de fournir du matériel pour des études postérieures et des comparaisons, à la coloration, pour souligner en manière sélective les aspects qui intéressent plus l'observateur, et le montage dans des préparations permanentes pour donner de la stabilité au matériel, et permettre de les archiver pour une future consultation.

Pour des pièces grandes ou complexes on recourt souvent à la dissection et le montage sélectif des pièces - par exemple les pièces buccales d'un moustique -, ou  à l'histologie avec imprégnation en paraffine, inclusion et coupes au  microtome.

 

Il n'est pas nécessaire qu'un même amateur emploie toutes les techniques, évidemment, et l'élection de celles à apprendre et utiliser est décidé par l'intérêt croissant de l'observateur pour approfondir ses connaissances, son affinité par un groupe déterminé d'organismes, et sa disponibilité d'équipement technique, qui est généralement attaché à sa capacité économique. Par exemple si l’on veut faire de l'histologie fine, outre un bon microscope, sera nécessaire un microtome, et ce n'est pas la même chose de disposer d'un microtome de main que d'un microtome rotatif de haute qualité.

 

Les collections : Collection n'est pas un mauvais mot. Les musées et les herbiers des grandes institutions de recherche sont des collections. Sans les collectionneurs et leur travail persistant la paléontologie n'existerait pas et on ne connaîtrait pas les dinosaures. Et les tigres de Tasmanie seraient comme les Dodos de Madagascar, de simples souvenirs, parfois concrétisés dans des dessins plus ou moins de fantaisie.

 

Des exemples connus de collectionneurs de matériel biologique sont les malacologues, qui échangent des mollusques du monde entier et  de tous les habitats, en maintenant quelques collectionneurs privés, des collections qui rivalisent avec celles de beaucoup de musées.

 

Dans le domaine de la microscopie, l'intérêt pour les collections est très grand. Depuis la collection d'instruments, parfois non pour leur utilité mais par l'instrument lui-même, et l'intérêt scientifique de sa conception, mécanique ou optique, (il suffit de jeter un regard aux messages du Groupe Microscope et les pages d'histoire de la microscopie) jusqu'à la collection d'anciennes préparations, et d'œuvres d'art, généralement montées a sec, comme les montages de diatomées ou écailles d'aile de papillon, ou  de foraminifères ou radiolaires, ou spicules (d'éponges ou échinodermes), ou sables, etc., etc. (Revoir la bibliothèque virtuelle de MICSCAPE)

 

Dans ma jeunesse étaient en vogue les collections de MICROPHOTOGRAPHIES. Non de photomicrographies mais de véritables microphotographies : Photographies minuscules de personnes ou paysages, imprimées sur lames, pour être admirées à travers les faibles grossissements du microscope.

 

L’amateur peut et, je le crois, doit, faire ses collections avec les matériels qu’il prépare et enregistre.

 

Et évidemment, observer en détail un être biologique, l’étudier et le mettre en collection, porte généralement à la nécessité, au moins intellectuelle, d'identifier (c'est-à-dire donner un nom) au sujet avec lequel on travaille ou on a travaillé.

 

Identification : ce n'est pas une tâche simple. La première chose est de comprendre les hiérarchies (Type, classe, ordre, famille, genre, espèces et plusieurs subdivisions) appliquées par ceux  qui avant nous, ont fait des travaux sur ce terrain (depuis avant Linné jusqu'à aujourd’hui) et avoir  conscience surtout de quatre concepts fondamentaux :

 

1) la classification des organismes, comme toutes les autres sciences, est une discipline essentiellement dynamique, qui conduit d'un schéma classificateur à un autre qui est présumé être  supérieur conceptuellement, en se basant dans les données accumulées. Sauf l'espèce biologique réelle (si même ce concept survit) les autres sont des dénominations, aménagements et tableaux de  référence créés par des hommes, intelligents mais faillibles. Et on doit avoir conscience qu'y compris l'espèce biologique réelle (cette population de ces animaux ou plantes) ces classements  peuvent être interprétés différemment par différents chercheurs, ce qui résulte parfois dans des noms différents pour le même organisme, dans des changements de nom si les données sont réexaminés par un autre chercheur, dans des rajustements de position dans le cadre de référence, etc.

 

2) Seulement les spécialistes sont clairs, jusqu'à un certain point sur ceux qui intègrent une certaine catégorie systématique (par exemple et surtout, l'espèce), combien d'organismes ont été groupés dans cette dernière et quel est le nom qu'il revient AUJOURD'HUI d'appliquer à un organisme déterminé.

 

3) Si nous voulons dénommer avec précision nous devons nous transformer en spécialistes (ce n'est pas important si nous sommes des amateurs ou des professionnels) pour pouvoir appliquer les techniques adéquates, pour lire la bibliographie adéquate, pour comparer les images adéquates, pour réviser les matériaux de collection adéquats.

 

4) Cela implique une disponibilité économique énorme (livres et équipement dernier cri, et la capacité de voyager et de visiter des institutions et des musées) que seulement certains privilégiés et ceux qui travaillent dans les universités et les grands laboratoires de recherche ont à leur disposition.

 

Par conséquent probablement le seul niveau auquel un amateur ou un professionnel naissant peuvent travailler avec plus ou moins de sécurité est celui du  genre, et cela en effectuant des investissements dans des livres qui ne sont pas trop bon marché.

 

L'assignation d'un nom d'espèce sera toujours un essai (seulement le spécialiste bien informé et au courant des dernières nouveautés taxonomiques peut appliquer un nom correct) sauf dans des cas très connus. Personne ne doute que tout chien doive être considéré dans l'espèce Canis familiaris, ou qu'un chat est Felis domestica, mais celui qui croit que toutes les mouches qu'il trouve dans sa maison sont Musca domestica peut recevoir une grande surprise.

 

Quant à l'intérêt de l'identification on doit souligner que  du point de vue scientifique celle-ci est fondamentale. Chaque espèce accomplit une fonction bien identifiée dans le milieu écologique.

Des espèces différentes (parfois même en étant du même genre) ont toujours des fonctions écologiques différentes. Ce n'est pas par conséquent la même chose, bien que pour le profane ils aient un aspect semblable, de traiter avec Musca domestica, une espèce détritívore qui réduit ou transforme la matière organique en putréfaction,  ou avec Sarcophaga sp. une espèce de mouche aussi, qui dépose ses larves dans les blessures d'êtres vivants de sang chaud.

 

Peut-être, que, sauf pour des motifs de culture personnelle, l'amateur ne s'intéresse pas au nom  pour arriver à une identification précise, s'il remplit seulement ses objectifs de connaître la diversité du monde microscopique.

 

Mais pour ceux qui étudient le monde vivant avec le souci de le comprendre, et de créer un certain ordre dans la diversité biotique, un nom peut condenser avec efficacité des dizaines d'années de multiples études qui définissent non seulement la structure et la physiologie de l'être appelé, mais son rôle écologique et son interrelation avec l'homme. 

 

Registre de données : normalement, pour celui qui étude un sujet microscopique il a l'intérêt de le comprendre, et si est un peu curieux, il aura le désir de comparer ses observations actuelles avec d'autres que peuvent effectuer, lui même ou ses collègues, dans le futur, ou dans d'autres lieux, ou conditions.

 

Il recourra par conséquent au carnet de notes (son cahier  de laboratoire, où il enregistrera jour après jour, par écrit, ses observations et les conditions dans lesquelles elles ont été effectuées) ses dessins schématiques rapides, ses photographies (précédemment tellement compliquée, mais aujourd'hui énormément facilitée par l'existence des cameras digitales et des programmes de présentation d'images dans l’écran d’un ordinateur ou téléviseur) sous forme d'images fixes ou dans des animations, courtes vidéos ou des films plus formels, montés à partir de tels matériels, et finalement, s'ils deviennent nécessaires, les dessins synthétiques et analytiques qui résument et interprètent la réalité observée.

 

Cela serait la photomicrographie documentaire. On dit qu’on ne peut pas retoucher un document. Mais vous devez réfléchir. Ce que vous voulez est documenter une réalité, peut être un organisme vivant. Vous voulez communiquer comme vous avez vu et interprété le matériel.

 

La photographie (même l’argentique) peut demander un ajustement du contraste, de la brillance, de la couleur, un montage de plusieurs images dans le plan horizontal ou le plan vertical, et vous pouvez trouver que certain détail important n’est pas clair dans un cliché mais l'est dans d’autres. Vous avez tout à fait  le droit de prendre ce détail et le monter dans votre meilleure photo.

 

Vous avez seulement une obligation. Ne pas créer des « chimères » c' est a dire un « autre » organisme. Vous avez un compromis avec la réalité.

 

Bien sur la photomicrographie peut avoir un intérêt en soit même. Prendre un cliché irréprochable peut être aussi un but légitime. Et ne pas toucher au cliché « brut » peut être un moyen de démontrer la dextérité technique du photographe.

 

Mais on peut aussi faire légitimement certaines changements dans le cliché : Changer des couleurs, le contraste,  faire des montages capricieux, peut donner des images attrayantes. Moi même je me suis passionné depuis peu à la collection des belles images des cristaux en lumière polarisée que d’autres produisent. Qu'elles  soient « réelles » ou « remaniées ». La photomicrographie est alors un milieu d’expression artistique, et c'est très valide.

 

C’est vrai, dans cette nouvelle approche même les chimères sont légitimes, si vous les annoncez clairement (après ou avant la surprise de votre « spectateur »)

 

 

Exploitation de données. - Finalement, le travail d'observation et le registre de données se traduit généralement dans l'accumulation d'archives (en incluant les collections) qui ouvrent la possibilité de partager ces matériels, de les examiner, les ordonner, les comparer, les réviser, les adapter, les exhiber, etc..

 

Pour le scientifique c'est généralement le moment, de préparer les publications avec lesquelles il fera connaître les nouveautés qu'il a trouvées. Où de rédiger un livre qui condense ses connaissances propres et celles qui sont pertinentes de ses autres collègues.

 

Pour l'amateur c'est le moment d'échanger des idées avec ses collègues dans les groupes de discussion, de publier des articles dans les revues imprimées ou électroniques à sa portée (certaines comme le « Journal of the Queckett Microscópical Club »  sont reconnues comme de vraies publications scientifiques) ou de communiquer ses connaissances dans des réunions ou des congrès de collègues.

 

 
 
WD
 

 

 

 

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